A 18 ans, il rentrait au MIT, à 23 ans aux Mines à Paris, et à 30 ans Sidney Burks avait un PhD en physique quantique. Entrepreneur, chercheur, programmeur, il se livre aujourd’hui sur son parcours étonnant des Etats-Unis à la France. Découvrez son histoire.

 

 

 

Quand j’avais 10 ans, je regardais une émission « Quantum Leap » qui montrait un homme construisant une machine à remonter le temps. Depuis lors, la science-fiction et la science sont des domaines qui m’ont toujours fasciné. Je pense que c’est grâce à cet événement que j’ai encore aujourd’hui l’envie de créer cette machine. En tout cas, c’est une des raisons qui m’a poussé à intégrer le MIT. Et puis, je voulais aussi devenir un scientifique !

Après le MIT, j’ai travaillé à Harvard comme chercheur dans la neuro-psychologie. J’ai assisté à des expériences liées à la mémoire pendant près d’un an, c’était une bonne première expérience de scientifique, je réalisais le début de mon rêve, j’étais un scientifique. (sourire)

Ça a duré un an parce qu’ensuite j’ai rencontré le directeur de l’École des Mines qui m’a proposé de venir étudier en France, à Paris, pour avoir un diplôme d’ingénieur.

Le grand écart

Arrivé aux Mines, à Paris, c’était déjà un petit grand écart, je n’étais plus scientifique, j’allais devenir ingénieur ! En France, passer d’une formation à une autre et faire un métier totalement différent est peu pratiqué, et je trouve ça dommage. Alors qu’au États-Unis, c’est assez courant. On peut faire des études dans le droit, devenir médecin et changer en fait pour être entraîneur.

J’ai débarqué en France pour voir, pour essayer. Parce que c’était que deux années de ma vie, et deux années c’est quoi dans toute une vie ? L’école des Mines m’a fourni un prétexte pour découvrir la France.

Donc, j’arrive en France à 24 ans où je trouve que tout le monde est sympa et honnête mais j’ai trouvé que les habitudes étaient à contresens. Je veux dire par là que ça a été un clash des cultures. Puis après 5 ans en France, mon pays a commencé à me manquer, du coup je suis retourné aux US mais ce n’était plus comme dans mes souvenirs. C’est là que je me suis aperçu que toutes les perceptions que j’avais des choses sont relatives, en France ce n’est pas forcément à contresens…

Une fois l’école des Mines presque finit, j’ai commencé les stages dans la finance, mais ça ne m’a pas plu. C’est à ce moment, que je me suis dit qu’il fallait que je rejoigne le monde de la recherche. Finalement, je trouve un master dans la physique atomique où j’ai été pris !

Durant mon cursus, je fais un stage dans un laboratoire où ils essayaient de créer une mémoire quantique. Pour faire simple, c’est comme un disque dur pour les ordinateurs qui vont exister dans 50 ans. Je sais que construire une machine à remonter le temps est encore utopique, ça ne va pas arriver tout de suite. Donc je me suis demandé quels sont les sujets un peu plus intéressants, plus réalistes que j’aimerais bien étudier. J’ai pensé à la sonoluminescence, à la superconductivity (création d’un autre type d’environnement), à linformation quantique (nos ordinateurs classiques font une chose à la fois, les ordinateurs quantiques font une infinité de tâches en même temps).

Mon travail, et plus largement celui du groupe dans lequel j’étais, consistait à créer une mémoire quantique. Qu’est-ce que ça veut dire ? Déjà une mémoire c’est une source d’information, tu la mets quelque part et si tu veux récupérer cette information dans un laps de temps ultérieur, tu peux dire que l’endroit où tu l’as stocké a servi comme mémoire. C’est une description abstraite pour comprendre.

Nous, on a pris de l’information qu’on a encodé sur de la lumière et on va stocker cette lumière dans des atomes, dans un nuage d’atomes. Et on va relire la lumière après l’expérience pour savoir si on a créé une mémoire. Il se trouve que c’est le cas, et que ça fonctionne. Et tout ça n’a pas été fait en vain, puisque ces atomes où est stockée l’information, servent à exécuter des calculs au sein d’ordinateurs quantiques.

La fibre de l’entreprenariat

 

Donc je finis mon PhD en 2010 après avoir découvert le monde de la finance, de la psychologie, de la mémoire, des atomes, et j’ai découvert la France !

À ce moment-là, je me sens dégoûté de la recherche. Je réalise que ce milieu est aussi touché par la politique. Je me dis alors que si dois continuer de travailler avec des opportunistes (mais pas dans le bon sens), je dois être mieux payé! (rires).

Je suis un scientifique, j’ai réalisé mon rêve d’enfant, mais j’ai aussi été passionné par la technologie. À 10 ans (année charnière dans ma vie), j’ai eu mon premier ordinateur, et depuis j’ai toujours gardé un pied dans ce milieu. Au MIT, j’avais besoin de manger comme tous le monde, du coup à cette époque j’ai fait des stages informatiques pour payer mon loyer. Je n’ai pas commencé par le code, et l’apprentissage des différents langages, j’étais et je le suis toujours, passionné par l’infrastructure, la gestion IT, des réseaux, d’administration des systèmes. J’en avais aussi fait à Harvard, dans un labo de recherche. C’est seulement en 2006 que j’apprends à programmer.

Le métier que je fais aujourd’hui s’est en faite développé en parallèle de mes études (Sidney est aujourd’hui CTO d’iviData Group).

Après avoir fini ma thèse, j’ai commencé à ressentir la fibre de l’entreprenariat. J’ai recommencé à faire de la programmation, et j’ai recommencé avec un site qui s’appelait Elance (aujourd’hui Upwork). C’était une façon de me remettre en selle tout en étant payé. Là, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a proposé de le rejoindre pour créer une boite et le rejoindre à San Francisco. On a été pris au sein de l’accélérateur AngelPad.

On a travaillé ensemble durant 8 mois à distance, puis je suis arrivé à SF. J’ai encore fait un grand écart, je viens d’Atlanta, Georgia, et je suis arrivé à San Francisco, California ! (rire)
Mais on avait un problème… On n’avait pas défini ce qu’allait faire l’entreprise… Du coup, Long Story Short ! On a arrêté au bout de trois semaines. Bilan de l’histoire : 3 semaines à SF, 120 000 euros en levée de fonds, et mort subite de la start-up sans même savoir quel problème elle allait résoudre. J’ai réussi à faire beaucoup de choses et à lever des fonds avec rien !! Et derrière tout ça, le MIT me chassait pour que je rembourse ma scolarité… Il fallait que je trouve un job !

A suivre…